Actualité

Les agriculteurs sont dans l’actualité avec les « négociations » en grande distribution et de nombreuses initiatives médiatiques en cette semaine de salon de l’agriculture déprogrammé. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a à boire et à manger dans ce qu’on peut entendre ou lire. La révolution agricole du siècle dernier est passée par là et la vision idéalisée que peuvent avoir ceux qui prétendent à des ancêtres paysans n’a plus rien à voir avec la réalité. Nous sommes passés de 40 millions en 1945 à 68 millions d’habitants, urbanisés et bien incapables pour l’essentiel de subvenir au besoin primaire de manger, se reposant sur la grande distribution et l’agro-industrie. Dans le même temps les exploitations sont passée de 5 millions à 500 000 avec 2 suicides par jour. Les campagnes se sont dépeuplées au profit de mégalopoles connectées au numérique mais déconnectées du réel. Les paysans ont disparus, remplacés par des techniciens agricoles dont la plupart en si grande souffrance qu’ils se suicident en nombre. Le pacte faustien de sortie de guerre pour nourrir un France en ruine a masqué le vrai visage du Progrès.  La chimie, la mécanisation et les progrès scientifiques, en particulier pour les nouvelles espèces animales  ou variétés végétales,  montrent aujourd’hui une autre réalité. Les  terres agricoles sont mortes et la fuite en avant promet toujours plus de déforestation. L’eau est puisée en nappe phréatique au détriment des générations futures quand l’eau en surface est polluée et source de conflits d’appropriation. Les semences appauvrissent la biodiversité et les agriculteurs sont condamnés à les payer tous les ans, dette induite,  avec le kit chimique engrais-pesticides. La sélection animale, outre les monstruosités et la souffrance, appauvrissent la biodiversité, conduisant à la sixième extinction de masse et favorisant l’expansion de virus comme la covid. Les marchands, dans le droit fil de la révolution française, tiennent les producteurs sous leur joug.  Les banquiers et les spéculateurs, dans le droit fil de la financiarisation du capitalisme, finissent de les asservir. La mécanisation, dépendante du pétrole générant le réchauffement climatique, de la robotisation et des nouvelles technologie, accélère la disparition du monde agricole donc d’une part de notre humanité. Le pouvoir politique assume d’être dominé par la FNSEA mais ne pourrait de toute façon pas sortir de la nasse sans une réelle volonté populaire de changer de mode de vie. Cela passe par une prise de conscience ou une sortie de déni qui conduirait une population responsable à rompre avec le chant des sirènes et le confort relatif d’une société malade. Malade de cancers, perturbateurs endocriniens, maladies respiratoires et cardio-vasculaires etc. dont une grande part imputable à notre alimentation. Refuser de vendre des armes contre des oranges à tel pays. Refuser d’importer du coton (ou du soja, de l’huile de palme etc.) en monoculture  qui maintient tel pays en surendettement et en sous-développement. Refuser que nos agriculteurs se suicident. Refuser qu’un patron de Leclerc (ou de Biocoop)  soit millionnaire. Refuser de mourir (même de souffrir) d’un cancer du sein ou de la prostate. Refuser que ses enfants ne puissent respirer pour cause d’épandage criminel. Refuser qu’un industriel puisse s’enrichir en vendant des produits trop salés, sucrés ou gras et avec de plus en plus d’agents toxiques.  Refuser de manger un produit dont on ignore la provenance, les conditions humaines ou matérielles de fabrication. Refuser la technocratisation, la normalisation et  l’hygiénisation. Refuser le monde qui se dessine avec des villes « pures » dites intelligentes, sans pollution reléguée dans les campagnes. Refuser de cautionner une chaîne de télé qui en même temps vit de la publicité, en grande partie pour l’agro-industrie et la grande distribution, et en même temps programme « Nous paysans ». Nous ne voulons ni retour à une paysannerie idéalisée du début vingtième mais vivant dans la misère et peinant à l’autosubsistance, ni poursuivre cette agriculture de la PAC et de la mondialisation. Nous savons ce que nous ne voulons plus et nous savons que ce que nous voulons nécessite de si grands changements que nous préférons la fuite en avant que de nous y confronter.