Ski
Les stations de ski françaises souffrent de la Covid et du dérèglement climatique. Alors nous leur donnons de l’argent pour les soutenir en attendant un hypothétique retour à meilleure fortune. Des centaines de millions. Parce qu’il y a des centaines d’emplois en jeu. Parce que le ski est une vitrine internationale du tourisme. Parce que nous sommes incapables de remettre en cause notre mode de vie.
Le ski est un sport de riche ? L’homme est ainsi fait qu’il accepte son sort avec une résignation de caste. Même si le ski lui est interdit faute de moyens, il accepte que ses impôts servent à financer des stations, à soutenir l’ensemble de la filière pour que moins de 10% des français en bénéficient. Et il rêve devant sa télé en voyant les J.O. ou James Bond dévaler les pistes. Les investissements et les soutiens sont publics, les bénéfices privés. La région Rhône-Alpes avec not’bon Wauquiez lâche tous les ans des millions (avec nos impôts) dans ce tonneau des Danaïdes.
Dans un pays égalitaire, les impôts servent aux infrastructures communes et aux services publics. Mais si une semaine de ski vaut deux mois de smic… Et des fortunes se font en station, les plus modestes ne pouvant même plus y vivre. Le capitalisme dans toute sa splendeur.
Le ski détruit les montagnes ? Infrastructures routières, complexes hôteliers et résidentiels, installations sportives à usage unique pour les J.O. ou juste pour une poignée de pratiquants au détriment de tous les usagers de la montagne, nivellement et façonnage de la nature pour créer des domaines skiables, maillage de remontes-pente défigurant et polluant les sites et, dernier né de la folie humaine, installations pour faire de la neige artificielle. L’or blanc est un démon.
Le ski devient impossible faute de neige à cause du dérèglement climatique ? La technologie offre un sursaut. Canons à neige, retenues d’eau artificielles, et demain des tunnels en plexi climatisés. Ça coute cher ? Pas de souci, l’ensemble des contribuables finance le jouet de quelques-uns. Ça consomme de l’énergie responsable de dérèglement climatique ? Angle mort. C’est une cautère sur une jambe de bois ? Le déni joue à plein ici comme ailleurs. Les retenues d’eau détruisent la biodiversité, accaparent l’eau  bien commun pour le plaisir de quelques-uns, privatisent des hectares et offrent été comme hiver un spectacle de désolation (grillages, paysages défigurés par des structures géométriques saignant les flans, panneaux de signalement et d’interdiction d’accès) ? L’emploi, vous répond-on. Pour faire de la neige artificielle il faut quand même des températures basses qui vont s’amenuisant ? On verra bien, pour l’instant on gagne alors on continue de jouer. Impossible de sortir le hamster de sa roue.
Malgré les aides européennes, d’État, de région et locales, l’histoire est pliée. 30% des domaines skiables créés depuis le boom des trente « glorieuses » ont déjà fermé, toutes causes confondues, et l’hécatombe va se poursuivre, à commencer par les stations les plus basses. Les infrastructures délaissées et les bâtiments fantômes restent à charge de la collectivité, pollution visuelle et pollution des sols en prime.
Le ski de piste est un zombi. Les plus riches accapareront les domaines en haute altitude, s’y feront déposer en hélicoptères ou prendront l’avion pour aller dans des domaines exotiques. Les locaux disparaitront faute de reconversion quand c’était encore possible. Parce qu’ici comme ailleurs on peut changer. Mais on ne le fait pas. On peut sortir la tête du sable et investir dans une conversion avant qu’il ne soit trop tard. On peut conditionner les perfusions financières à un plan impliquant tous les acteurs en tenant compte des contraintes écologiques, climatiques et sociales. En enterrant le ski mécanisé.
La neige et les glaciers sont partie indissociable de la vie sur Terre. Si nous pouvions en prendre suffisamment conscience pour couper dans le  plaisir futile et éphémère de skier et plus largement stopper ce maudit dérèglement en modifiant nos modes de vie. En 2050 un humain sur deux n’aura plus d’eau potable. Faut-il continuer à la gaspiller dans des réservoirs à neige artificielle pour faire joujou ?