Funambule

Avec l’ouverture du Ring à Trévoux nous sommes amenés à nous présenter, ce qui s’avère être un exercice plus compliqué qu’il n’y parait. C’est quoi Le Ring ? C’est une démarche politique, une coopérative au sens alternative  anticapitaliste, un espace de lutte, un magasin de produits bio, une épicerie de produits de première nécessité, un lieu d’expérimentation, première étape vers une coopérative intégrée, un tiers lieu, une volonté de réappropriation de nos villes indispensable à la résilience de nos territoires. Ceux qui poussent la porte pour la première fois ont-ils envie d’entendre tout ça pour peu que nous ayons le temps de l’expliquer ? Dans leur grande majorité ceux qui viennent au  Ring cherchent des produits bio voir simplement locaux, point. Mais Le Ring est né d’un constat, d’une impérieuse nécessité à agir sur nos territoires pour nous donner une chance et à nos enfants de survivre malgré le réchauffement climatiques et les nombreuses autres crises que le système capitaliste enfante. Il y a urgence, pour reprendre le propos de Greta Thunberg et de tant d’autres. Nous devons agir vite! Nous avons choisi l’alimentation car c’est le seul point où nous pouvons encore agir, personne ne nous forçant à ingurgiter les produits issus d’une agro-industrie mondialisée  achetés en grande distribution, si ce n’est notre résignation, notre acculturation ou notre conditionnement. Mais manger bio pour préserver sa santé  n’a aucun sens si nous n’agissons pas aussi entre autres sur notre air et notre eau  pollués (c’est particulièrement vrai en bord de Saône et d’autoroute) si notre travail génère stress, burn-out et mort prématurée. Si nous continuons la prédation de la planète en nous goinfrant de toutes les ressources naturelles au détriment de ceux à qui nous les volons et de notre futur. Si nous laissons filer le réchauffement climatique synonyme de sécheresse, de famine, de fermes climatisées hors sol pour une minorité et de « nourriture de guerre » pour la  majorité. Nous devons dans les dix ans qui viennent changer notre mode de vie occidental en faisant le pari que le local essaimera. Ça va bien plus loin que de manger bio et local, mais c’est un bon début. Alors nous avançons sur un fil, en recherche de compromis mais en ayant fixé des limites qu’il nous appartiendra d’expliquer à ceux qui entrent, libre à eux de nous rejoindre et de nous aider dans cette aventure !

 

Convention citoyenne

Un pur moment de bonheur. Vous prenez 150 citoyens tirés au sort, vous leur demandez de réfléchir à ce qu’il faudrait faire pour lutter contre le réchauffement climatique et vous obtenez un résultat très enthousiasmant : https://reporterre.net/Les-citoyens-de-la-Convention-Climat-choisissent-des-mesures-transformatrices
C’est exactement ce que nous prônons quand nous parlons de démocratie participative. Des citoyens lambda qui s’arrêtent, se mettent de côté, réfléchissent sur telle ou telle thématique, sans expert, avec un libre accès à l’ensemble des informations permettant de se faire une opinion. Ils prennent le temps, discutent, débattent, consultent et votent entre eux, sans conflit d’intérêt.
Nous ne sommes bien sûr pas dupes des motivations de Macron de créer cette convention en pleine crise des gilets jaunes et d’en confier les rênes au directeur de Terra Nova. Et nous avons vu suffisamment de comités, de conventions, de Grenelles, d’états généraux, de commissions d’enquête, de referendums pour ne pas espérer plus que de raison. On se souvient du fiasco de l’assemblée constituante en Islande née de la crise financière de 2008 mais étouffée dans l’œuf par le referendum. Et on voit ce qui se passe actuellement avec le Ségur de la Santé présidé par Nicole Notat (sic). Le personnel hospitalier n’est pas prêt d’obtenir satisfaction, sauf à voir ceux qui applaudissaient pendant le confinement descendre dans la rue avec eux pour les soutenir dans leurs légitimes revendications.
Mais quand même, il n’y a rien à jeter dans les propositions de cette convention qui vont dans le bon sens, alors on se plait à y croire… Tout en guettant la mécanique qui va se mettre en branle, sitôt l’euphorie retombée, par tous ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change pour étouffer cette belle initiative.

Énergie

Nous sommes la civilisation du tout pétrole, façonnant tout ce qui nous entoure, à tel point que notre civilisation s’éteindra avec son épuisement sauf à trouver une énergie présentant les mêmes avantages.
Mais ce « sang du diable » qui coule dans les veines de nos sociétés industrielles, outre sa finitude, est vecteur de réchauffement climatique, comme les autres énergies fossiles. Sans énergie, plus de production ni de transport, plus de travail ni de croissance. Les énergies fossiles ont remplacé la traction animale et les esclaves. Combien d’hommes pour remplacer un tracteur ? Combien de temps pour scier et débiter un arbre en planches à la main ? Etc. Sans parler de l’irremplaçabilité de la chimie.
Impossible et impensable dilemme : pour donner une chance à l’humanité de vivre sur une planète « habitable » il faudrait arrêter d’extraire pétrole, gaz et charbon et même ainsi il faudrait 20 ans avant que la température se stabilise, d’ores et déjà bien au-delà d’un seuil admissible. Nous consommons trop d’énergie. Et nous en consommons toujours plus. Bardés d’électroménager, de voitures bourrées d’électronique, de climatiseurs, d’appareils numériques, d’habitats-passoires surchauffés, de chinoiseries aussitôt achetées, aussitôt obsolètes… Là, pour nous donner une chance ainsi qu’à nos enfants, outre le fait que nous gaspillons ces ressources énergétiques à leur dépends, il faudrait au moins arrêter d’en consommer toujours plus. Mais même en stabilisant cette consommation, nous dépassons de 40 % le seuil admissible. Comme un ménage surendetté, nous devons tailler dans nos dépenses énergétiques pour éviter la faillite. Oui mais non ! Car nous entrons dans une nouvelle ère du tout numérique qui entre autres problèmes est extrêmement énergivore. Et comme si ce n’était pas assez, voici la 5G, annoncée comme 3 fois plus énergivore que la 4G !
Les GAFAM ont rasés la chaîne montagneuse des Appalaches pour extraire du charbon nécessaire au refroidissement des datacenters, ces entrepôts bourrés d’électronique nécessitant des tours de refroidissement gigantesques donc beaucoup d’énergie. On estime qu’Amazon en France consomme autant que la ville de Marseille. En attendant que les Appalaches repoussent, il va falloir trouver ailleurs, avec un coût environnemental croissant, l’énergie nécessaire à cette pure folie humaine.
Pour cette raison centrale et pour bien d’autres que nous évoquerons dans les semaines qui suivent, Le Ring est résolument opposé à la 5G.

Europe

Qui se souvient de la CECA ? Au début des années 50 les États-Unis s’inquiètent en pleine guerre froide du risque de voir l’Allemagne basculer vers la Russie et promeuvent un rapprochement des pays dit occidentaux avec l’aide de Jean Monnet, électron financé par la Fondation Ford. C’est Robert Schuman qui lance la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, deux ressources donnant un avantage concurrentiel en cas de guerre. C’est la base de l’actuelle Union Européenne. Créer un pôle européen fort face au péril communiste basé sur une économie de guerre. Rien n’a changé sauf l’ennemi. Dans le discours officiel, l’Europe c’est la paix. Et il est vrai que depuis 45 les grandes puissances occidentales ne se sont plus déclarées de guerre militaire entre elles (mais ne se sont pas privées d’en faire ou d’en provoquer  partout ailleurs pour préserver leur suprématie). Plus de guerre militaire entre pays de l’Union donc, mais la guerre économique y fait rage, avec pour l’instant l’Allemagne en grand vainqueur et l’Angleterre en mauvais joueur. La CECA est la première organisation supranationale européenne, ce qui aurait dû à l’époque alerter les citoyens de tous pays. Un total déni de démocratie, même représentative. L’Union européenne est née de l’obligation pour les groupes internationaux d’avoir des débouchés et des ouvriers pour répondre à des capacités de production exponentielles sur des marchés sans entrave (droits de douane, taux de change, instabilité politique, syndicats etc.) Rien à voir avec une idée humaniste de l’Europe et des citoyens bénéficiant d’un même niveau de vie et de protection de l’atlantique à l’Oural. Nous croyons toujours que l’Europe c’est la paix, que l’union va abolir les différences, que hors de l’Europe point de salut, que seule une Europe forte pourra rivaliser avec les puissances chinoises ou américaines. Depuis 1957 il y en a pourtant eu des crises et des guerres démontrant que cette union est une somme d’intérêts individuels ne constituant nullement un intérêt commun. Où est passée l’Europe qui protège son peuple pendant le coronavirus ? Totalement absente, renvoyant chaque état à une gestion propre de la crise. Cette Europe sensée nous protéger, ayant laisser filer la fabrication des médicaments en Chine, forçant des politiques néolibérales comme en France où sous couvert de diminuer la dette on détruit les services publics au profits de groupes privés dont les lobbyistes assiègent l’assemblée européenne. Cette Europe qui a détruit la Grèce en 2008 et permis à des compagnies rapaces de ramasser les miettes, banques en têtes, dont les françaises qui ont gagné des milliards sur la dette grecque. Cette Europe qui négocie dans notre dos l’entrée de la Turquie dans l’Union sans nous demander notre avis. En échange de quoi Erdogan, le démocrate qui tue les Kurdes, nous soulagera des migrants. Migrants que l’Europe fabrique, coresponsable du réchauffement climatique, des famines et des guerres qui obligent des peuples à s’exiler. L’Europe qui investit plus d’argent aujourd’hui dans sa guerre contre les migrants que pour se doter d’une véritable défense. L’Europe de la PAC, ayant transformé l’agriculture sensée nourrir les peuples en une ligne comptable d’exportation, détruisant l’autonomie alimentaire de pays sous perfusion de la BCE, faisant de nos agriculteurs des agents de mort chimique vivant de subventions. L’Europe qui n’a d’union que le nom et qui se refuse à un plan commun pour sortir l’Italie du marasme. L’Europe qui par ses statuts n’a de compte à rendre à personne. En même temps les peuples européens sont tellement dociles et soumis, veulent tellement croire que l’Europe c’est LA solution malgré les faits têtus prouvant le contraire, que les millionnaires qui la composent et la dirigent peuvent continuer de nous mener par le bout du nez sans vraiment être inquiets. C’est fait pour ça les contes, s’endormir et faire de jolis rêves.

Voitures nucléaires

« Il faut passer aux voitures électriques », tel est le mantra d’une frange importante de prétendants écologistes. « Puisque le diesel et plus largement l’énergie fossile polluent, il faut passer à la voiture électrique ». Et ce disant ils se font les ardents défenseurs des énergies dites alternatives et du nucléaire sans forcément comprendre qu’en réalité ils défendent toujours le même modèle de société qui nous tue tous à petit feu. Comme le sujet est maintenant bien documenté, qu’est-ce qui pousse des gens vers cette solution qui n’en est pas une si ce n’est le désir inconscient de continuer comme avant, de tout changer pour que rien ne change, de s’enfermer dans une espèce de pensée magique où on résoudrait un problème par un autre et qui en réalité reste le même : notre dépendance à la voiture. Car la voiture électrique a exactement les mêmes défauts que la voiture thermique, voir, et c’est là une définition du progrès, apporter à un problème une solution qui s’avérera pire encore et nécessitera une nouvelle solution posant elle-même d’avantage de problèmes. La fuite en avant en somme. Une voiture quel que soit son carburant est faite de câbles électriques, d’acier, de verre spécial, de composites, de pneus etc. L’électrique prendra et polluera autant que la thermique, de l’extraction à la décharge en consommant à chaque étape… du pétrole ! Y compris les routes toujours plus nombreuses et plus larges. La population mondiale augmentant, bientôt 10 milliards, la consommation de toutes les ressources nécessaires à la construction, l’entretien et la circulation des voitures augmente dans les mêmes proportions. Sauf à réserver les voitures électriques aux riches. Il y a là un biais qu’il faut bien interroger : peut-on imaginer sept milliards de voitures sur la planète, électriques ou thermiques, c’est à dire permettre à chaque terrien de profiter du même « confort » que les occidentaux ? Non bien sûr, chacun voit bien les limites physiques de la planète rendant ce rêve impossible. Alors quoi, on entretient la suprématie des « blancs » ? On ne remet pas en question notre mode de vie ? Notre conception de la mobilité, de l’urbanisme, du travail ? Et on pousse d’un cran pour écraser encore plus les trois quarts de la population mondiale ?
Penser voiture électrique c’est se donner bonne conscience pour pouvoir continuer de rouler, si on a les moyens financiers. Sans penser à ceux qui n’y ont pas accès encore mais qui y prétendent légitimement ou ceux qui définitivement tireront un trait dessus tant le fossé sera important. Et sans penser non plus aux générations futures qui non seulement n’auront plus les ressources gaspillées dans des gouffres technologiques, énergétiques, économiques et de matières premières mais devront aussi gérer nos déchets, dont les déchets nucléaires. Rappelons que nous ne savons pas les traiter ni démanteler les vieilles centrales.
Que devient ma vieille voiture thermique revendue au garagiste ? Elle part dans un pays de l’Est ou en Afrique, revendue à un plus pauvre, où elle va continuer de polluer, soit à l’échelle de la planète deux pollutions au lieu d’une.
Parlons local. Les promoteurs de la voiture nucléaire peuvent se doubler de militants du local alors qu’elle en est l’antithèse ! Le nucléaire est synonyme d’état puissant, technocratique donc policier, centralisateur, militaire, qui s’appuie sur des multinationales pratiquant une guerre mondiale d’accaparement de ressources. Comment peut-on faire la promotion du local, du manger sain et accepter l’accaparement des terres et des ressources relevant d’une économie mondiale, d’une financiarisation criminelle ? Quand la voiture électrique se généralisera, leurs propriétaires exigeront de l’électricité et avaliseront les éoliennes géantes de Chaleins, les champs démesurés de panneaux solaires, les parcs de recharge en ville, la nouvelle centrale nucléaire EPR du Bugey (déjà programmée) et d’ailleurs, l’expédition ds piles au lithium usagées en Inde et ailleurs, la guerre sans fin au Mali et ailleurs pour continuer de leur voler l’uranium etc.
C’est à dire que nous, qui avons une vision du local englobant une réappropriation de nos vies sans nuire aux autres, nous serons écrasés par ceux qui se prétendent aujourd’hui nos alliés mais n’aspirent en réalité qu’à protéger leur propre existence, manger et respirer sain, sans se soucier d’avoir externaliser les nuisances ni de perpétuer et accentuer un monde inégalitaire. Et les ouvriers exploités sans garantie sociale ne comptent pas ? Il faut que mes légumes soient locaux, sans emballage plastique, mais ma voiture aura fait trois fois le tour de la planète avant de m’être livrée, fabriquée par des ouvriers esclavagisés sans que ça m’émeuve ? Mon voisin travaillait en usine chez Renault. Il est devenu obsolète (c’est ainsi qu’il l’exprime)  parce que j’ai décidé que je voulais une électrique importée. Au lieu d’interroger sa conversion, je le brutalise par mon acte d’achat, l’expulse de la société, pourtant il fait partie de mon local…
Si nous ne nous retrouvons pas autour d’un verre de bon sens pour définir le monde donc le local dans lequel nous voulons vivre…

Savoir

Qu’il est difficile de savoir. Chercher à comprendre, se forger une opinion sur l’ensemble des sujets qui fondent notre citoyenneté est très prenant et peu gratifiant. Quand l’essentiel de notre temps et de notre énergie sont brûlés au travail, transport inclus, comment s’informer et avoir une opinion sur les sujets qui pourtant nous impactent ? Quel temps avons-nous pour lire, regarder des documentaires, nous poser pour réfléchir, échanger, débattre. Et quand bien même nous aurions ce temps, aurions-nous la volonté de le faire ? Habitués que nous sommes à être dirigés et à absorber un brouet informatif qui tient lieu de connaissances. Des médias où culture se confond avec actualités, où information se confond avec propagande. Des médias appartenant à une poignée de millionnaires, dépendant de subventions étatiques et de recettes publicitaires. Où les journalistes se mélangent aux peoples et aux politiques, sortant des mêmes écoles et partageant la même idéologie. Quand la vitesse et l’audimat ont remplacé l’investigation et la neutralité. Quand l’autocensure consciente et inconsciente remplace l’intégrité. Quand des robots remplacent des pigistes exploités pour cracher des news en copier/coller provenant des mêmes agences de presse ou de médias concurrents. Ces infos sortent comme des chapelets de saucisses nous gavant d’ersatz d’informations en continu sans nous laisser le temps de les trier et de les digérer. Alors pour s’informer il faut déjà douter de l’information et partir du principe que les médias mentent. Parce qu’avec notre mémoire de poisson rouge on l’oublie mais le mensonge sous toutes ses formes est continu. De la fabrication d’un ennemi pour partir en guerre à la fabrication de « capitaines d’industrie », du matraquage de données non vérifiées à l’imposition « d’experts » dont on cache sciemment les conflits d’intérêt etc. S’informer sans être dupe et en étant critique est une obligation, sinon on se retrouve en perroquet à restituer des prêt-à-penser qui fabriquent des consommateurs, pas des citoyens. Tendre à l’objectivité est un combat.
Et après, savoir, qu’est-ce que ça change ? On sait que les élevages industriels, les compteurs linky, les parcs d’éoliennes géantes, entre autres, sont des fléaux. Comme on sait depuis plus d’un siècle que le plomb et l’amiante nous tuent, comme on sait depuis 70 ans que les pesticides nous tuent, que le nucléaire est une impasse, qu’une croissance infinie dans un monde fini est impossible. Comme on sait que les nouveaux jouets du néocapitalisme vont encore plus asservir et détruire : le tout numérique, la 5G, le transhumanisme, la GPA etc. Et pourtant on y va. La conquête spatiale, les vols habités, les milliers de satellites pour déployer une surveillance/communication mondiale quand la vie même s’effondre ? Destituer Maduro pour installer Gaido au Venezuela ? Soutenir les pires crapules pour commercer vaille que vaille ? Donner des garanties bancaires étatiques à Renault qui sert des dividendes indécents à ses actionnaires et annonce en même temps vouloir fermer 4 sites et licencier des milliers de personnes ? Accepter que les compagnies d’assurance se servent aussi des millions de dividendes tout en pleurnichant leur incapacité à honorer les contrats de perte d’exploitation, et qui vont mettre des milliers d’entreprises sur la paille, tout en ayant assez d’argent pour profiter des opportunités de placement nées de la crise ? On y va.
A quoi ça sert de savoir si c’est pour se miner le moral, assister impuissant à la débâcle, entendre des perroquets ânonner des préceptes économiques sans fondement, ne trouver aucune volonté politique ?
Plus on cherche à comprendre, plus on cherche à savoir, plus on a d’expérience, plus on doute. Et plus on fuit les experts et leurs certitudes. Et plus on fait confiance au bon sens en espérant qu’il prenne le pas sur le culte de l’argent. Si je suis perdu dans la montagne, en détresse, écouterai-je pour m’en sortir un énarque millionnaire à l’égo boursouflé qui dit tout et son contraire ou un simple berger ?

Nature

Une forêt primaire se caractérise par un cycle de vie sans déchet où la vie se nourrit de la mort dans un cycle quasi perpétuel avec des évolutions imperceptibles des espèces animales et végétales pour préserver l’osmose et l’équilibre. C’est ce qui caractérise tout milieu naturel en dehors de toute agression extérieure. Pendant des milliards d’années ces agressions étaient d’origine naturelle, du volcan au météorite, et elles ont façonnés la planète au profit d’une espèce qui se l’est appropriée en quelques milliers d’années. Cette même espèce sans limite a dépassé en quelques centaines d’années l’état de nature pour la construire à son image et suivant ses besoins. Accaparement, artificialisation, extraction, accumulation de déchets, pollution des sols, de l’air et de l’eau, destruction des terres arables (surexploitation et chimie)… Et nous devrions récolter en quelques dizaines d’années les fruits de notre boulimie avec des crises sanitaires, climatiques, économiques etc. suivant une horloge implacable. Forts d’avoir domptés la nature (croyons-nous) nous voulons maintenant dompter la mort que nous refusons. Refuser la mort alors qu’elle fait partie de la vie. Doit-on parler d’inconscience ?

La mort nous l’avons donnée même à nos semblables pour construire notre mode de vie, nous continuons de le faire et nous tuerons encore et encore jusqu’à la dernière goutte d’eau potable et de pétrole, les deux sources de notre vie. La France est le troisième fabricant d’armes au monde et tient sa puissance de l’arme nucléaire, tabou et impensé de notre époque. Mais aujourd’hui les « démocraties » veulent des guerres sans mort, ce que les drones permettent, déversant la mort sans conscience.

Nous tuons un humain à chaque fois que nous achetons une voiture, un téléphone portable ou une chemise. Toutes les morts ne se valent pas. Les grippes, le paludisme, l’alcool, le tabac, la pauvreté, l’exclusion, le capitalisme… tuent depuis toujours sans que nous ayons dévié notre route. Un enfant meurt toutes les 5 secondes de notre mode de vie.

La mort par inégalité est omniprésente. Dans une même ville on peut avoir 30 ans de différence d’espérance de vie entre les plus pauvres et les plus riches. Avons-nous arrêté la machine ? 77 000 morts prématurées par an en France (chiffre en croissance exponentielle) avec la pollution atmosphérique pour 27 000 avec la faucheuse covidienne. Deux types de mort en suspension, une acceptable l’autre non. 10 000 suicides en France par an. 150000 avec les cancers. Les chiffres sont implacables montrant bien notre complicité passive pour des morts dont nous nous accommodons, qui font partie du paysage.

Mais les lobbies pharmaceutiques et l’industrie médicale font des miracles. Ils prolongent la vie. Jusqu’aux EHPAD qui repoussent la mort et la rendent invisible à une civilisation qui refuse de la voir en face. Un système hospitalier qui soigne tout, sans guérir, aux coûts exponentiels, pouvant des miracles mais s’éloignant toujours plus d’une égalité de traitement et d’accès aux soins. Et qui s’avère incapable de faire face à l‘épidémie faute de moyens, subissant depuis des années des coupes drastiques et des politiques insensées que le covid met en évidence. Sans confinement, une épidémie prévisible met en évidence l’échec d’une politique de santé aux mains d’intérêts privés. Plus qu’une solution au système pour éviter sa mise en accusation voire son renversement : nous confiner. Magistral. Ainsi ce n’est plus la faute du système qui n’a pas su nous protéger mais c’est la notre, enfants irresponsables qui ne respecterions pas le confinement. Bien servis par des médias aux ordres qui nous saoulent de chiffres de morts et d’hospitalisés ici et ailleurs, fabriquant de la psychose et de la dépendance. La peur de la mort fait le reste.

Repousser la mort après avoir détruit les conditions de vie acceptables pour l’ensemble de la biodiversité semble la prochaine étape. Les transhumanistes y veillent faisant de ceux qui ne suivront pas, par conviction ou manque de moyens, les chimpanzés du futur. Tu veux mourir ou régresser est l’injonction à la mode. Ni l’un ni l’autre, moi je voudrais vivre sans nuire à quiconque dans un monde où nul ne pourrait le faire.

Régression

Nous amorçons cette semaine la sortie de ce qui s’apparente à une hystérie collective. Il faudra du temps pour analyser ce que nous venons de vivre et comprendre comment une planète entière est partie en vrille. Il est encore trop tôt pour ça, alors même qu’un reconfinement plane au-dessus de nos têtes et qu’au sifflet de la reine des marmottes nous devrons regagner nos grottes. On a plus envie de parler du monde de demain que de mêler nos voix à celle de tous les experts à l’imaginaire confiné. Le Ring plaide pour un changement radical de notre mode de vie et pour le coup nous avons été servi, mais ce doit être le fruit d’un processus choisi, pas subi et il semble que de ce côté en fermant nos portes nous avons ouvert celle du totalitarisme globalisé tant redouté par des Bernanos, Orwell, Kafka, Camus, Weil, Luxembourg, Charbonneau etc.
Parce que nous avons accepté collectivement de nous en remettre à une poignée d’incapables qui jour après jour nous démontrent leur incompétence, leurs errements. Qui nous disent tout et son contraire avec un cran et une assurance de politiciens roublards drapés d’un pouvoir largement usurpé. Avec notre mémoire de poisson rouge on oublie la vérité d’hier et gobons la vérité du jour et bien malin celui qui saura séparer dans le flux d’informations le bon grain de l’ivraie. La peur est mauvaise conseillère et c’est pourtant elle qui nous a fait fermer nos volets quand le bon sens nous invite au contraire à nous ouvrir pour ne pas nous voir imposer la nouvelle route que nous allons prendre. Car de toute crise civilisationnelle naissent de profonds changements. Plan hygiéniste, transformations profondes de l’urbanisme, sociétales, politiques, économiques. Nous savons que l’onde de choc va transformer nos vies mais que notre peur de cette transformation à court terme nous empêche d’en voir le bénéfice à moyen et long terme. On sait avec Molière que de se mettre la tête dans le sac comme Géronte permet à Scapin de le rouer de coups…
On s’arrête, on fait un pas de côté, on réfléchit et c’est pas triste » plaidait Gébé. Au lieu de ça on se dépêche de reprendre une vie « normale », sans avoir tiré profit de l’arrêt forcé,  acceptant le plan de nos deux Diafoirus alors qu’on sait au plus profond de notre être qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils font ! Mais nous sommes à ce point infantilisés que nous allons panurger sans regimber.
Parce qu’en définitive nous venons de vivre au niveau planétaire une formidable régression, un retour au stade infantile que notre mode de vie rend possible. Nous sommes si asservis, soumis au consumérisme, à l’argent, à nos maîtres, à ce mode de vie confortable, que nous avons accepté que nos parents, Papa Police et Maman Santé nous ramènent dans nos chambres pendant que sur un coin de table de cuisine ils mijotent une tambouille que nous allons avaler de force. Tant pis pour le climat, ces millions de morts supplémentaires, le creusement des inégalités, nos  enfants. Tant mieux pour les premiers de cordée dont le tout premier là-haut a fait ruisseler dans nos écuelles quelques masques avant que son groupe Carrefour n’en commercialise des millions, ces millions que réclame le corps médical pourtant tellement applaudi. Il faut quand même être sacrément avili pour trouver ça normal. Peut-être qu’en définitive cette crise n’est pas une formidable régression mais un révélateur.
Il est temps de se confronter au vrai monde en sortant de la grotte.

 

Funambule

Avec l’ouverture du Ring à Trévoux nous sommes amenés à nous présenter, ce qui s’avère être un exercice plus compliqué qu’il n’y parait. C’est quoi Le Ring ? C’est une démarche politique, une coopérative au sens alternative  anticapitaliste, un espace de lutte, un magasin de produits bio, une épicerie de produits de première nécessité, un lieu d’expérimentation, première étape vers une coopérative intégrée, un tiers lieu, une volonté de réappropriation de nos villes indispensable à la résilience de nos territoires. Ceux qui poussent la porte pour la première fois ont-ils envie d’entendre tout ça pour peu que nous ayons le temps de l’expliquer ? Dans leur grande majorité ceux qui viennent au  Ring cherchent des produits bio voir simplement locaux, point. Mais Le Ring est né d’un constat, d’une impérieuse nécessité à agir sur nos territoires pour nous donner une chance et à nos enfants de survivre malgré le réchauffement climatiques et les nombreuses autres crises que le système capitaliste enfante. Il y a urgence, pour reprendre le propos de Greta Thunberg et de tant d’autres. Nous devons agir vite! Nous avons choisi l’alimentation car c’est le seul point où nous pouvons encore agir, personne ne nous forçant à ingurgiter les produits issus d’une agro-industrie mondialisée  achetés en grande distribution, si ce n’est notre résignation, notre acculturation ou notre conditionnement. Mais manger bio pour préserver sa santé  n’a aucun sens si nous n’agissons pas aussi entre autres sur notre air et notre eau  pollués (c’est particulièrement vrai en bord de Saône et d’autoroute) si notre travail génère stress, burn-out et mort prématurée. Si nous continuons la prédation de la planète en nous goinfrant de toutes les ressources naturelles au détriment de ceux à qui nous les volons et de notre futur. Si nous laissons filer le réchauffement climatique synonyme de sécheresse, de famine, de fermes climatisées hors sol pour une minorité et de « nourriture de guerre » pour la  majorité. Nous devons dans les dix ans qui viennent changer notre mode de vie occidental en faisant le pari que le local essaimera. Ça va bien plus loin que de manger bio et local, mais c’est un bon début. Alors nous avançons sur un fil, en recherche de compromis mais en ayant fixé des limites qu’il nous appartiendra d’expliquer à ceux qui entrent, libre à eux de nous rejoindre et de nous aider dans cette aventure !