Tergiverser

En premier on cherche des explications qui sont autant d’excuses à notre inaction, en convoquant la psychanalyse et les neurosciences, avec des mots qui nous dépassent : déni, dissonance cognitive, striatum.  Tout ça expliquerait notre soumission faite d’inconscience, de méconnaissance, d’impuissance ou d’incompétence, sans avoir à affronter le réel de nos peurs et de nos lâchetés. Mais le réel s’impose avec chaque semaine son lot de rapports, de conférences, de reportages qui nous poussent à changer notre mode de vie, à sortir d’une société de consommation et de loisir pour prendre possession de nos vies alors que tant d’entre nous sont déjà perdus dans un Metaverse Facebookien.
Cette semaine :
– La fonte du glacier Thwaites, le plus important de l’Antarctique de l’Ouest, nous ramène au dérèglement climatique qui devrait être notre boussole.
– L’Organisation météorologique mondiale (OMM) nous dit que ces sept dernières années (2015-2021) ont été les plus chaudes jamais enregistrées, dépassant de plus de 1°C les niveaux préindustriels.
Mickaël Correia sort un livre sur les multinationales qui détruisent la planète, 100 d’entre elles sont responsables de 70% des émissions de CO². On peut toujours suivre l’ADEME qui nous culpabilise sur une ampoule, un sac mal trié ou un robinet d’eau…
– Nous dépassons une nouvelle limite planétaire, celle de la pollution chimique. C’est la cinquième sur un total de neuf… On peut faire le lien entre cette information et la précédente où on apprend que les industries pétrolières se tournent de plus en plus vers le plastique sans aucune envie de stopper l’extraction malgré leurs beaux discours et les gesticulations des COP, du GIEC etc.
– Le rapport de L’Oxfam sur les inégalités sorti cette semaine est glaçant : un millionnaire en plus toutes les 29 heures en France !

Nous savons que nous devons changer notre mode de vie face au dérèglement climatique, à la perte de biodiversité, à la finitude des ressources et à l’accroissement des inégalités. Or toutes les initiatives que nous voyons naître sur notre territoire ne prennent pas en compte ces quatre données factuelles. Ça veut dire que quelle que soit la bonne volonté de ces projets, ils vont se perdre dans des dépenses de temps, d’argent et d’énergie pour dans certains cas aggraver les choses, même s’ils sont de bonne foi. Alors qu’il y a urgence à se concentrer sur des actions physiques et politiques à la hauteur des enjeux. Sans parler de tous ceux qui ne font rien ou continuent comme avant, comme si de rien n’était, comme s’il n’y avait pas urgence à se grouper pour changer. Le maître mot est la sobriété, individuelle mais surtout collective.

Prenons par exemple une société caladoise qui propose d’installer des panneaux solaires sur un toit dans un écoquartier de Villefranche. Peu d’informations sur le site qui renvoie à une page Facebook. Smartphones, applis et Gafam sont acteurs du dérèglement climatique, entre autres par leurs besoins colossaux en énergie. Sans parler du monde virtuel qu’ils nous préparent dont les dégâts se font déjà sentir. Ils sont aussi acteurs d’une extraction exponentielle de métaux et terres rares qui nous manqueront demain, d’une exploitation coloniale des hommes extrayant et fabricant ces univers. Sachant qu’il faut des énergies fossiles pour fabriquer de l’énergie renouvelable, que toutes les énergies renouvelables sont d’une manière  ou d’une autre aussi polluantes ou nuisibles que les fossiles et qu’elles ne feront que s’ajouter aux fossiles sans s’y substituer (voir le livre de Mickaël Correia ci-dessus) . On facilite avec ce projet la croyance en un monde magique où il suffit d’acheter une part sociale d’une association citoyenne pour continuer comme avant mais autrement, se donner bonne conscience pour des consommations futiles ou nuisibles au lieu d’interroger ses pratiques. Cette idée de se substituer à un service public de l’énergie pour toujours plus de mésusages n’est qu’un creuset d’inégalités qui perpétue le capitalisme sans le questionner. Nous avons pourtant avec cette crise climatique une occasion historique de le faire et accessoirement de donner une chance à nos enfants.
Facebook encore avec un membre d’une association de territoire qui se filme avec son smartphone dans une vidéo pour nous faire part de son indignation car  l’arbre qu’on voit derrière lui va être coupé. Sait-il combien d’arbres pèsent son smartphone et sa vidéo de 5 minutes ?
Nous sommes totalement déconnectés de l’énergie qui se résume à un bouton dans le mur ou une prise au sol pour charger son smartphone et donner son avis sur Facebook. Demain on nous promet une civilisation du tout électrique exponentiel qui va remplacer le fossile. Alors pour masquer ce mensonge on va couvrir nos territoires d’éoliennes, de panneaux solaires, de bornes de recharge, d’usines à biomasse ou à méthanisation, sur le dos d’ouvriers exploités à l’autre bout du monde… et de nos enfants demain. Vous voulez faire un geste pour le climat ? Interrogez votre smartphone ; de quoi est-il le nom ?

On peut parler aussi des monnaies locales avec la Gonette qui cherche à s’implanter sur le territoire. Voila un objet dont on peut dire, avec le recul d’expériences antérieures en France, qu’il ne sert à rien d’autre qu’à réunir des gens de bonne volonté qui se ressemblent au cœur d’une association.  Mais ça ne résoudra aucun des problèmes dressés comme une falaise devant nous (climat, ressources, inégalités, biodiversité). Adossée à l’euro, elle en subira les mêmes effets en cas de crise. Sans doute serait-il plus utile de monter des ateliers de formation à l’économie et à la finance pour armer nos concitoyens et leur faire comprendre que l’euro est en partie responsable de la désindustrialisation de la France qui gagnerait à en sortir plutôt qu’à fabriquer des succédanées.